|
Deuxième Partie: Le Rôle des Organisations Régionales et Internationales
En Afrique comme ailleurs dans le monde, la concertation entre organisations régionales et internationales, léchange dinformation et la définition de politiques communes sont des possibilités souvent négligées. Plusieurs de ces organisations ont participé à la conférence, ainsi honorée par la présence de représentants de lAccord de Non-agression et dAssistance en matière de Défense (ANAD), de lOrganisation de lUnité africaine (OUA), de la Commission de lOcéan Indien (COI), de lUNESCO et dInterpol, parmi dautres. Les présentations du travail de chacune, et des voies et moyens de renforcer leurs apports respectifs au contrôle de la prolifération des armes légères, se sont avérées de grande valeur.
Major A.W. Tapfumaneyi: SADC, Communauté de Développement de lAfrique australe (Southern Africa Development Community)
La SADC, organisation sous-régionale des pays dAfrique australe, a deux grands domaines de compétence: le développement économique et la sécurité. Ce dernier est pris en charge par un Organe pour la Politique, la Défense et la Sécurité (Organ for Politics, Defence and Security, OPDS), de création récente. En créant un tel organe spécialisé, la SADC sest distanciée des approches circonstancielles jusque là en vigueur. Elle dispose à présent dun instrument permettant denvisager une politique de sécurité et une politique étrangère concertées. LOPDS restera soumis aux principes de la SADC : égalité souveraine de tous les Etats membres, règlement pacifique des disputes, respect des droits de lHomme, de la démocratie et de la légalité. Parmi ses objectifs, figurent:
- la protection de lAfrique australe contre linstabilité, que celle-ci soit dorigine interne ou externe
- la promotion de la coopération politique, dinstitutions et de valeurs politiques communes (ce qui engage la SADC à promouvoir la démocratie et le respect des droits de lHomme)
- le développement dune politique étrangère commune et dun groupe international de pression sur des questions dintérêt commun
- la coopération en matière de défense et de sécurité, de prévention, de gestion et de résolution des conflits
- la médiation des litiges et des conflits
- le recours prioritaire à la diplomatie préventive et aux mécanismes de conciliation, et seulement en dernier ressort aux mesures punitives
- la défense dune paix et dune sécurité durables par des opérations de rétablissement ou de maintien de la paix
- le développement dune capacité de sécurité collective, dune capacité de maintien de la paix, et létablissement dun pacte de défense mutuelle
- la coordination de la participation des Etats membres aux opérations régionales ou internationales de maintien de la paix
- la prise en compte des conflits extérieurs à lAfrique australe mais ayant un impact sur sa propre paix et sa propre sécurité (ce qui confirme le réalisme de la SADC et sa conscience des réalités liées à sa position en Afrique).
Lintention exprimée par les dirigeants politiques dAfrique australe est de faire fonctionner lOPDS et de convoquer ses instances (Sommet des chefs dEtat, réunions ministérielles, réunions dexperts) séparément des autres structures de la SADC. Les modalités pratiques de cette séparation ne sont pas encore très claires, mais le simple fait quil y ait deux présidences distinctes, actuellement assurées par le président Mandela pour la SADC et par le président Mugabe pour lOPDS, suffit à marquer une différence au niveau des chefs dEtat et de gouvernement. Pour lheure, le Sommet annuel des chefs dEtat et de gouvernement a déjà pris lhabitude dexposer et de commenter, pays membre par pays membre, ses motifs de préoccupation. Il sagit là dune pratique instituée, et relayée par la presse.
En attendant le résultat des discussions entre la SADC et lOPDS, la nécessité délargir et de renforcer la coopération technique commence à être reconnue en Afrique australe. Lorganisation sous-régionale ayant un mandat spécifique de lutte contre la criminalité transfrontalière, et contre le trafic darmes en particulier, est la SARPCCO.
Frank Msutu: SARPCCO, Organisation de Coopération des Commissaires des Polices dAfrique australe (Southern African Regional Police Chiefs Cooperation Organisation)
La SARPCCO a vu le jour le 2 août 1995 à Victoria Falls, au Zimbabwe, quand les commissaires des polices dAfrique australe ont décidé davoir une organisation qui leur permette de coopérer pour atteindre des buts communs. Elle est le principal mécanisme opérationnel, dans la sous-région, pour la prévention de la criminalité transfrontalière, en général, et du trafic darmes en particulier. Ses objectifs sont les suivants:
- promouvoir, renforcer et pérenniser la coopération, et élaborer des stratégies conjointes de lutte contre toute forme de criminalité ayant des implications sous-régionales
- préparer et faire circuler toute information pertinente dont pourraient avoir besoin les membres pour contenir la criminalité dans la sous-région
- évaluer périodiquement les stratégies conjointes de lutte contre la criminalité, de façon à pouvoir apporter les correctifs nécessaires et à modifier au besoin les priorités nationales ou sous-régionales
- veiller à la mise en place et à la gestion efficace dun système performant darchives criminelles, et à la surveillance conjointe de la criminalité transfrontalière en exploitant pleinement les facilités offertes par Interpol
- faire des recommandations pertinentes aux gouvernements des Etats membres sur toute question affectant lefficacité des politiques sous-régionales
- formuler des politiques et des stratégies régionales de formation qui prennent en compte les besoins et les réalisations attendues des services et des forces de police
- mener toute action et toute stratégie réclamée par les circonstances et appropriée à la promotion de la coopération policière sous-régionale.
La SARPCCO a identifié le trafic darmes comme lune des activités criminelles devant prioritairement retenir son attention. La prolifération illégale des armes la préoccupe avant tout pour son rapport avec le banditisme. En conséquence, elle a mis en place un Bureau des Espèces menacées et des Armes à feu. Lofficier de liaison responsable de ce bureau sest jusquici efforcé dévaluer lampleur du problème sur la base de questionnaires, adressés aux polices de tous les pays de la sous-région. Quelques réponses lui sont parvenues, mais létude nest pas encore achevée.
En plus des organisations sous-régionales dAfrique australe, dautres organisations ont participé à la conférence. Les communications ont porté sur les activités de chacune, mais également sur les domaines de collaboration possible en matière de contrôle de la prolifération des armes. La présentation de lOUA est renvoyée plus bas, dans la troisième partie du présent rapport.
Moumouni Yacouba: ANAD (Accord de Non-agression et dAssistance en matière de Défense)
En Afrique de lOuest, lANAD se préoccupe essentiellement, comme lindique son sigle, de non-agression et dassistance en matière de défense. Cette organisation sous-régionale envisage cependant de sinvestir dans les efforts destinés à réduire la circulation des armes légères.
LANAD a sept membres, qui sont le Burkina Faso, la Côte dIvoire, le Mali, la Mauritanie, le Niger, le Sénégal et le Togo. La Guinée-Bissau et la Gambie ont un statut dobservateur. Le Bénin a déposé une demande dadhésion. LANAD nest plus exclusivement francophone, comme à sa création en 1977.
Les Etats membres sengagent à ne pas entrer en guerre contre un autre Etat membre, et à se porter assistance en cas de conflit. Ce devoir dassistance mutuelle recouvre la protection des civils et celle des économies nationales, par exemple contre le braconnage ou la contrebande. Les Etats membres sobligent à respecter les frontières coloniales.
LANAD repose sur deux instances, le Conseil des ministres et la Conférence des chefs dEtat. Son secrétariat est installé à Abidjan, en Côte dIvoire. Les Etats membres ont adopté un certain nombre dinstruments juridiques, parmi lesquels des protocoles déchange dinformation entre forces de sécurité, des accords dassistance mutuelle, et une convention de coopération judiciaire qui recouvre notamment lharmonisation des lois en matière dextradition. En avril 1996, ils ont signé un communiqué les invitant à coordonner leurs actions de prévention des causes dinstabilité dans la sous-région, y compris la criminalité et le trafic darmes. De nouvelles lois nationales et une stratégie de lutte conjointe contre la criminalité transfrontalière sont en cours délaboration.
Il est prévu de créer une nouvelle agence de coordination au sein de lANAD, qui disposera de facilités de collecte et de traitement dinformation. La coordination avec les autres organisations régionales et avec les Nations unies fera partie de son mandat.
Mohamed Caabi: COI (Commission de lOcéan Indien)
Les membres de cette organisation internationale sont lIle de la Réunion, lIle Maurice, Madagascar, les Comores et les Seychelles. La COI, aujourdhui âgée de quinze ans, reste cependant une organisation de coopération économique. Via la Convention de Lomé, elle est appuyée par lUnion européenne avec qui elle a établi des programmes conjoints de prévision météorologique par exemple, ou de promotion des échanges commerciaux. Sa structure actuelle ne se prête guère à un engagement sur des questions de sécurité en général, de trafic darmes en particulier. Elle na ni les moyens ni la compétence de traiter un tel sujet. Mais elle est bien sûr concernée, comme chacun de ses membres, par la stabilité politique et sociale de la région, et par toute menace extérieure susceptible de peser sur cette stabilité.
La COI serait intéressée à la création dun mécanisme régional dinformation sur les causes de la violence. Dans la limite de ses contraintes financières et techniques, elle pourrait avoir un rôle à jouer dans un tel mécanisme, ne serait-ce quen aidant ses membres à y collaborer.
De nombreuses organisations internationales interviennent en Afrique, à commencer par lONU et ses multiples agences. Deux de ces organisations internationales, lUNESCO et Interpol, ont présenté des communications à la conférence.
Organisations Internationnales
Florence Ssereo: LUNESCO, Organisation des Nations unies pour lEducation, la Science et la Culture (United Nations Educational, Scientific and Cultural Organisation)
La représentante de lUNESCO a parlé du programme Culture de Paix de son organisation, qui entreprend de faire passer les pays ayant connu un conflit dune culture de la violence à une culture de paix. Ce sont ici les conflits armés qui signalent une culture de la violence, les armes symbolisant la force physique.
La violence et la guerre se répercutent en profondeur sur les pratiques sociales, culturelles et économiques. Une culture de la violence exerce des impacts variables sur la démocratie, les droits humains, la paix et le développement, en fonction des contextes, des dynamiques socioculturelles et de leurs acteurs. Dans la perspective dun renversement de la violence, le contrôle de la prolifération des armes légères, et de leur usage, sont des questions importantes. Il sagit de comprendre que les initiatives et les projets visant à un tel renversement contribuent à la promotion dune culture de paix, lobjectif ultime étant la paix, la sécurité et le développement.
LUNESCO a lancé le projet multidisciplinaire Culture de Paix en 1996, pour rappeler et souligner encore sa raison dêtre, inscrite dans son mandat : défendre et faire défendre la paix dans lesprit des hommes et des femmes. La Conférence générale de 1997 est venue renforcer le projet, dont les activités couvrent trois domaines prioritaires:
- Léducation à la paix, les droits de lhomme, à la démocratie, à la tolérance et à lentente internationale, avec lélaboration, la diffusion et lutilisation dun matériel pédagogique adéquat, dans différentes langues
- La recherche, les actions de plaidoyer et léchange dinformation
- Le renforcement des capacités et lappui technique aux projets nationaux, sous-régionaux et internationaux.
Il ne saurait sagir dimposer une culture de paix depuis lextérieur. Une telle culture doit être comprise comme un long processus développé par les gens eux-mêmes et senracinant différemment selon lhistoire, la culture et les traditions de chaque pays. Aussi lUNESCO organise-t-elle des forums nationaux où tous les secteurs de la société participent à lélaboration de recommandations et à la réalisation dactions pour une culture de paix. Les programmes nationaux reposent sur les recommandations et les actions de ces forums. Entre autres réalisations, on peut mentionner:
- des émissions quotidiennes à la radio et une campagne déducation informelle en direction des femmes pauvres du Salvador; les sujets couverts sont la violence, la discrimination, les droits de lhomme et la santé
- lenseignement de la paix, des droits de lhomme et de la démocratie au Burundi, avec lUniversité du Burundi et le Centre des Nations unies pour les Droits de lhomme dans ce pays
- lappui à létablissement de la paix et à la réconciliation en Angola, avec notamment une chanson de la paix composée et interprétée par les grands noms de la musique angolaise.
Victoria Lester: Interpol, Organisation de la Police criminelle internationale (International Criminal Police Organisation)
Interpol compte 177 Etats membres, ce qui en fait la deuxième plus grande organisation internationale, juste après les Nations unies. Un Bureau national de Coordination (BNC) est installé dans chaque Etat membre, avec un officier responsable de la coordination de toutes les demandes dinformation adressées au quartier général dInterpol à Lyon, en France, ou reçues du quartier général. La mission dInterpol est de pourvoir à lassistance mutuelle des polices en matière de prévention et de suppression des crimes de droit commun. La dimension internationale dune telle assistance oblige à composer avec différentes langues de travail, différents environnements institutionnels et différents systèmes juridiques. Le recours aux BNC et à des bureaux régionaux permet de réduire ces difficultés, qui peuvent cependant gêner la prise dinitiatives transrégionales. Seule une requête formulée par la police nationale dun Etat membre permet daccéder aux bases de données dInterpol.
Interpol vient en appui à léchange dinformation criminelle entre polices. Il travaille avec ses membres pour les aider à développer la capacité dutiliser son système informatique X400, et sest engagé à cet effet dans un programme régional de modernisation. Ce programme fournit aux régions léquipement et la formation nécessaires à la connexion sur le système X400.
A lheure actuelle, il y a deux bureaux sous-régionaux dInterpol en Afrique, lun à Abidjan (Côte dIvoire) et lautre à Harare (Zimbabwe). Il est prévu den ouvrir un troisième à Nairobi (Kenya) pour lAfrique de lEst. Le bureau dHarare tient également lieu de quartier général de la SARPCCO.
La clé du travail dInterpol sur les armes à feu est sa base de données IWETS (Système International pour Tracer les Armes et les Explosifs), qui est la seule au monde à répertorier des informations sur le fabriquant, le calibre, le modèle et la finition des armes utilisées à des fins criminelles. Interpol demande à ses membres dalimenter la base IWETS dans chacun des cas suivants:
- implication dun trafiquant international connu
- implication dun étranger au pays concerné
- saisie dune grande quantité darmes à feu ou dexplosifs illégalement importés
- utilisation darmes à feu ou dexplosifs à des fins terroristes
- relation avec le trafic de drogue
- vol darmes ou dexplosifs chez un fabriquant, un vendeur, un importateur ou un exportateur.
Cette question du vol est devenue particulièrement importante, en raison de la vitesse avec laquelle les armes circulent dun point ou dun pays à un autre.
Lessentiel des informations de la base IWETS porte sur des vols darmes à feu, des saisies, et des incidents armés. Actuellement, les données sont surtout fournies par des pays dEurope, bien que des efforts en cours visent à accroître le volume dinformation en provenance dAfrique, dAsie et dAmérique Latine.
Interpol participe également au repérage et à la recherche des armes utilisées à des fins criminelles, en déterminant leur fabriquant, les propriétaires successifs, les routes et circuits de transit, etc. Dans son travail, Interpol a identifié des points critiques, auxquels il serait nécessaire daccorder la plus grande attention pour prévenir la prolifération des armes:
- la réglementation de la production, et notamment ses dispositions relatives à la tenue de livres de vente et à lunicité des numéros de série
- la conservation des archives après faillite
- luniformisation, régionale et internationale, des formulaires dimport-export
- le contrôle des cargaisons, même autorisées
- létablissement de normes pour le développement de centres de détection.
Interpol travaille en liaison étroite avec la Commission des Nations unies pour la Prévention du Crime et la Justice criminelle, les membres du Groupe des Huit et lOrganisation mondiale des Douanes. Elle leur apporte son expertise et conseille leurs politiques.

|
|
|