Avant-propos: La route qui mène à Johannesburg
Linspiration de la conférence de Johannesburg est venue au cours de la conférence de Vancouver de 1996 sur la prévention du crime, organisée à lintention des praticiens dans ce domaine. A lépoque, nous nous rendions compte que lAfrique du Sud avait un rôle important à jouer dans les débats sur la prévention du crime au plan international et que, tout en mettant en avant lexemple dinitiatives sud-africaines réussies, une conférence dans ce pays serait loccasion pour mettre au fait des progrès les plus récents dans ce domaine. Le résultat en a été la deuxième conférence internationale pour les praticiens de la prévention du crime, Sécurité urbaine Sécurité pour tous. Cette publication est un reflet des débats. Elle est articulée autour des résumés des communications présentées afin daider les praticiens à retrouver les questions particulières qui les intéressent. La structure thématique sarticule autour de divers éléments de la prévention du crime: les renseignements sur les crimes, les rôles des administrations nationales et locales, des forces de police, des communautés et des partenariats, ainsi que le contrôle et la mise en uvre. Lobjectif de ce compte rendu est de fournir une vue densemble de ce qui se passe actuellement dans le domaine de la prévention du crime et des personnes et des organismes qui y sont engagés, dans lespoir de provoquer de plus larges discussions et débats afin de promouvoir le développement de stratégies de prévention du crime dans les pays du monde entier.
Séance inaugurale
Nandi Mayathula, Maire, Southern Metropolitan Local Council, Afrique du Sud
Madam Mayathula a prononcé un discours daccueil de la part du Maire de Johannesburg, Monsieur Isaac Mogase, et a rappelé la Déclaration Finale du Forum International des Maires, qui sest réuni les 26 et 27 octobre, avant louverture de la conférence. La Déclaration Finale (reproduite à lAnnexe C) précise que les maires participants à la réunion sengagent à promouvoir et à contribuer activement à la mise en uvre du plan daction de sécurisation urbaine et de diminution de la délinquance, de la violence et de linsécurité. Le plan daction met en avant, parmi dautres:
- 'adoption par les collectivités locales de la sécurité urbaine à titre de priorité globale;
- linitiation et lappui, par les collectivités locales, de procédures complètes de prévention du crime et le développement et la mise en uvre dune stratégie adaptée aux besoins de chaque pays afin de prévenir et de réduire la criminalité de façon durable;
- lintégration de programmes «Villes plus sûres» dans leurs services de police municipaux ou métropolitains;
- la promotion de létablissement, par les collectivités locales, dobservatoires de sécurité urbaine sur le plan national; et
- la promotion et la facilitation par tous les partenaires du partage du savoir-faire ainsi que laccès aux meilleures démarches prometteuses dans le domaine de la sécurité urbaine et de la prévention du crime.
Mathole Motshekga, Premier ministre de la province de Gauteng, Afrique du Sud
LAfrique du Sud, grevée par les injustices du passé, est actuellement en train détablir un système de justice pour tous. La Constitution du pays impose certaines obligations au Gouvernement national de même quau gouvernement de la province de Gauteng. Létablissement dun système de justice alternative est une façon de sattaquer à lélimination du crime où quil se trouve et daborder les crimes sociaux (par exemple alcoolisme et toxicomanie) qui souvent ne peuvent pas être combattus par simple application de la loi.
Les tribunaux communautaires ne sont quun volet dun système de justice alternative. Ces tribunaux pourraient faire partie dun système intégré qui comprendrait les administrations gouvernementales ainsi que des éléments des collectivités locales, dorganisations non gouvernementales et des écoles. Les tribunaux communautaires permettraient au système de la justice et à la police de fonctionner plus efficacement en débloquant le système. Les peines prononcées dans ces tribunaux seront orientées vers la réconciliation des parties plutôt que leur confrontation et vers léducation et la réinsertion des délinquants par moyen de travaux dintérêt général. De tels tribunaux se pencheront sur certains conflits familiaux, sur les infractions aux arrêtés municipaux et sur les conflits de nature personnelle entre voisins; ils nauront quune juridiction pénale limitée. Il est nécessaire de mettre en place un système qui permet aux auteurs de petits délits deffectuer leurs peines au sein de la communauté.
Klaus Toepfer, Directeur général, Centre des Nations Unies pour les établissements humains
Le rôle des collectivités locales continue à gagner en importance au fur et à mesure de la globalisation et de lurbanisation de la planète. Les villes sont des lieux où les problèmes sociaux tels que la pauvreté, les sans-abri, la délinquance et le chômage ne cessent de croître et de gagner en complexité. Il est devenu maintenant essentiel que lOrganisation des Nations Unies assume un rôle plus vigoureux et plus efficace pour aborder les questions durbanisme. Un des défis clefs auxquels sont confrontées les villes est comment aborder la délinquance et la violence urbaines. Sur le plan mondial, lon estime que la délinquance et la violence ont doublé au cours des vingt dernières années.
Le Centre des Nations Unies pour les établissements humains (Habitat) assume un rôle clef à cet égard, et se trouve actuellement engagé dans un processus de renouveau qui lui permettra dagir en tant que chef de file dans le cadre des questions urbaines et de donner son appui aux gouvernements et leurs partenaires pour la gestion détablissements humains.
La violence urbaine comporte de nombreux volets dont lon pourrait citer les crimes à répétition, les crimes violents, les infractions liées aux stupéfiants et au trafic des femmes et des enfants. Elle suscite un sentiment dinsécurité parmi les habitants qui menace la cohésion sociale des villes et le fondement des institutions démocratiques. La violence urbaine est, plus que tout autre, le produit de lexclusion sociale. Les mesures prises pour protéger les communautés contre la privation, le chômage, la perte de leurs logements et linjustice les protégeront en même temps contre le crime et la violence. Les institutions de justice pénale traditionnelles sont pourtant incapables darrêter ou denrayer lescalade de la violence urbaine. Aujourdhui, la réduction de la criminalité est la responsabilité de chacun: des collectivités locales, de Habitat, et des acteurs clefs locaux, tous agissant en partenariat. Si nous apprenons à assumer nos responsabilités et à passer à laction, nos villes deviendront des endroits où lon peut vivre de manière digne et sûre, dans le bonheur et lespoir.
Joseph Tanny, Conseil de la sécurité, Côte dIvoire
Afin de prévenir la criminalité en milieu urbain, nous devons aborder les quatre volets suivants:
- létablissement ou la reconstitution de réseaux au niveau local;
- la promotion dune conception environnementale de lhabitat pour stimuler les interactions communautaires;
- la nécessité de combattre lexclusion sociale; et
- la nécessité dimpliquer les citoyens dans un partenariat pour la sécurité et la sûreté.
La réalisation de ces mesures nous préparera pour un 21ème siècle urbain. De nombreuses villes africaines sont un exemple de ce qui se passe quand ce cadre seffondre ou fait complètement défaut. Les citoyens deviennent des victimes de la pauvreté ou de la guerre civile. Le crime devient endémique dans le sillage des déplacements de populations, du trafic des armes illégales et des impératifs économiques.
La Côte dIvoire a eu à faire face à larrivée de milliers de réfugiés en provenance du Liberia. La politique du gouvernement a été dassimiler ces personnes, mais la croissance massive des zones urbaines qui en a été le résultat à néanmoins provoquer des répercussions telles que laugmentation de la transmission des maladies contagieuses, la croissance de la délinquance et lapparition du trafic des armes et des stupéfiants. La nécessité de mettre en uvre des mesures telles que décrites ci-dessus est donc de la première importance.
Les conflits politiques en Afrique freinent le développement des villes et la sécurisation du cadre de vie. Tout en envisageant des stratégies de prévention de la criminalité urbaine, nous devons travailler pour éviter les conflits qui rendent ces efforts encore bien plus difficiles. Le développement des villes et la stabilité des pays ne peuvent être assurés que par ces mesures.
Azhar Cachalia, Secrétaire détat pour la sécurité et la sûreté, Afrique du Sud
Cette conférence est un exercice en partenariats, et ses conséquences seront importantes pour létablissement de partenariats de prévention du crime en Afrique du Sud et au-delà de ses frontières. Pour le gouvernement sud-africain, les résultats de cette conférence seront des éléments critiques apportés au débat en perpétuelle évolution sur la sécurité dans le pays, et notamment sur la manière de lancer et de conduire des programmes de prévention du crime dans des communautés à travers le pays entier.
Cette conférence, qui prend le relais de conférences antérieures sur la prévention du crime et sur la sécurité urbaine, et des congrès des Nations Unies sur le crime, marque un jalon dans le renforcement des programmes existants et des réseaux des «Villes plus sûres» en Afrique et ailleurs pour réduire le crime, la violence et linsécurité de manière efficace et durable.
En Afrique du Sud, un résultat clef du débat naissant sur la politique à suivre est davoir mis la prévention du crime à lordre du jour de tout un éventail dacteurs sociaux. Les programmes de prévention du crime seront vraisemblablement plus efficaces sils sont mis au point sur place et non au niveau national, avec la participation dindividus et de collectivités locales. Les quatre grands domaines dans lesquels les collectivités locales peuvent jouer un rôle clef dans la prévention du crime en Afrique du Sud sont:
- la gestion efficace par les collectivités locales de leurs services;
- la coordination des fonctions dans le cadre de la prévention du crime, notamment lencouragement dune meilleure collaboration et communication entre la police et les collectivités locales;
- la coopération avec la police afin de responsabiliser la police dans le cadre du maintien de lordre au niveau local; et
- linitiation et la coordination de programmes de prévention du crime dans la mesure des capacités disponibles.
Les expériences partagées des praticiens de la prévention du crime regroupés à cette conférence auront une incidence à plus long terme sur la conceptualisation et sur la mise en uvre au niveau local de la prévention du crime et seront essentielles pour le renforcement des initiatives en ce sens en Afrique du Sud, en Afrique et ailleurs.
Séance plénière douverture
Irvin Waller, Centre international pour la prévention du crime, Canada
La prévention du crime doit faire face à une multitude de défis, y compris les taux élevés de délinquance, de violence et de linsécurité; les craintes et les inquiétudes du public; le manque de foi dans les efforts de la police pour combattre la criminalité; les frustrations quengendrent les systèmes de justice pénale; les ressources limitées des services publics face à la criminalité; et le risque inhérent à la démocratie et au développement économique si des solutions durables à ce problème ne sont pas trouvées.
Les taux élevés de la criminalité ont de nombreuses origines. Celles qui ont été identifiées par les conférences des Nations Unies comprennent: la disparité entre le revenu et les attentes; lexclusion de la jeunesse; la violence en tant que moyen de résolution des conflits dans les foyers et au sein des communautés; des habitats mal conçus et peu sécurisés; la facilité de se procurer une arme à feu, de lalcool et des stupéfiants; et une impunité et un manque de responsabilité croissants. Vu la diversité des causes, les solutions doivent aller au-delà du maintien de lordre et de la justice pénale pour comprendre la prévention. Les efforts de prévention doivent viser: les victimes potentielles, les personnes et les familles à risque, ainsi que le grand public, qui doivent être encouragés à agir dans le sens dune responsabilité collective et individuelle pour entraver le développement dun milieu propice au crime.
Ainsi, les mesures suivantes doivent être prises pour prévenir le crime:
- lamélioration des politiques sociales et économiques ayant une incidence sur les groupes exclus, notamment les jeunes et les habitants des zones urbaines;
- létablissement de centres nationaux chargés de la prévention du crime;
- le renforcement des programmes de «Villes plus sûres»;
- la participation du public; et
- lévaluation du processus.
Alioune Badiane, Programme de gestion urbaine: Afrique, Centre des Nations Unies pour les établissements humains
Un des grands défis de cette fin de siècle est la nécessité de développer des stratégies pratiques pour soulager les problèmes associés à lurbanisation. Bien que cette dernière soit un moteur puissant de croissance et de développement, les villes où se produit ce phénomène doivent être bien planifiées, gérées et administrées. Etant donné lanonymat relatif de la vie citadine, celles-ci deviennent un pôle dattraction pour les voleurs, cambrioleurs, agresseurs, pirates de la route et autres, qui peuvent commettre des crimes sans la crainte dêtre reconnus.
Lurbanisation aggrave également les problèmes liés à la pauvreté cest-à-dire laccès à leau potable, aux transports, à léducation, au logement, à la sécurité, aux services de santé publique. Ce nest quassez récemment que les collectivités locales ont commencé de jouer un rôle dans la prévention du crime, ce processus étant né il y a dix ans à la Conférence Internationale des Maires de Montréal (1989) et à celle de Paris (1991). Aujourdhui, plusieurs villes en Afrique, dont Abidjan (Côte dIvoire), Johannesburg, Durban et le Cap (Afrique du Sud), Dar es Salaam (Tanzanie) et Ouagadougou (Burkina Faso) sont en train dadopter de nouvelles politiques de prévention du crime.
Tout le monde sait que lon ne peut pas faire face à la violence et à linsécurité urbaines uniquement par la répression, mais que les mesures doivent être axées sur la prévention, la formation des forces de lordre et une prise de conscience sur les origines profondes de cette violence. Lexpérience des programmes «Villes plus sûres» indique que les politiques de prévention doivent être mises en uvre et coordonnées au niveau de la collectivité, tandis que la direction politique, le contrôle et lévaluation doivent être assurés au niveau de ladministration nationale.
Lon ne peut pas séparer une administration efficace, le développement et une sécurisation durable. La sécurité publique est de plus en plus reconnue comme étant un objectif clef de planification et de gestion, étant au cur de la qualité de la vie et du développement social et économique. La prévention de la délinquance urbaine doit saccompagner dune stratégie globale de développement social et la sécurité publique doit être considérée comme un facteur de bien-être social qui doit bénéficier du soutien de toutes les institutions et de la société civile.
Michel Marcus, Forum Union européenne pour la sécurité urbaine
En Europe, de nombreuses villes ont entrepris des efforts dans le sens des «Villes plus sûres» pour réduire la délinquance. Ces programmes ont profité de partenariats et déchanges de coopération qui permettent dagir sur les expériences et de prendre connaissance des meilleures démarches.
Les défis auxquels doivent faire face les villes dEurope et celles des pays en voie de développement sont souvent les mêmes. Il faudrait souligner tout particulièrement les insuffisances des systèmes de justice, ou même leur blocage complet. Le système de justice est en crise en conséquence de laugmentation de la délinquance. Les importantes sommes dargent consacrées à la réforme des systèmes judiciaires dans divers pays du monde nont pas toujours amélioré leur fonctionnement. Ce quil faut est un système qui puisse servir comme outil de maintien de lordre, mais auquel sont impliqués les acteurs locaux qui sont proches des faits au sein des communautés.
Robert Coates, National Crime Prevention Council, états-Unis
Pour que les programmes de prévention du crime réussissent, ils doivent bénéficier du soutien des communautés visées, car la délinquance prospère quand les honnêtes gens ne font rien. La participation communautaire doit être interactive et doit inclure toutes les personnes qui désirent jouer un rôle. Les villes de par le monde sont confrontées aux même problèmes: la délinquance, les stupéfiants, le chômage et la persécution. Pour rendre le monde plus sûr il faut trouver une vision commune.
Une telle vision doit comporter deux volets: une vision de ce qui est souhaité et un plan daction comportant des stratégies viables qui peuvent être mises en uvre. Cette vision devra comprendre léducation du public, sa motivation sur la base de son instruction, le tout organisé à partir dun organisme central planifié. Une telle vision, qui comporte des objectifs à court et à long terme, doit être fondée sur des partenariats.
Vision à part, des renseignements pratiques doivent néanmoins être rassemblés. Ceux-ci comprennent:
- lidentification des problèmes préexistants (délinquance, stupéfiants, qualité de la vie);
- le contrôle des problèmes par lanalyse;
- lidentification de ceux qui ressentent ces problèmes et qui doivent participer à leur résolution;
- létablissement dune philosophie communautaire du maintien de lordre dans laquelle sont engagés tous les acteurs clefs;
- linitiation de stratégies de mobilisation des communautés;
- létablissement dobjectifs réalistes, maîtrisable et mesurables; et
- la poursuite de stratégies déjà éprouvées.
Patti Pearcey, British Columbia Coalition for Safer Communities, Canada
Les efforts de prévention du crime au niveau local doivent guider et être guidés par les travaux au niveau national et international. Le fait que les programmes de prévention du crime sont plus en vue est dû à un soutien international. Il faut doter les populations locales des outils nécessaires pour assurer la viabilité de leurs actions dans le long terme. Cest en fournissant ces outils que les praticiens de la prévention du crime se révèlent être de toute première importance.
Le mot «partenariat» est très à la mode ces temps-ci, mais pour quune alliance soit viable, elle doit se fonder sur légalité aussi bien que sur les différentes réalités économiques, sociales et politiques de notre monde. Le partage de renseignements pertinents entre acteurs revêt une importance accrue à cet égard.
En 1996, la conférence «Vers un changement mondial» a eu lieu à Vancouver, au Canada. La conférence sest articulée autour de lidée que la délinquance, les droits de lhomme et légalité sont étroitement liés et que la délinquance prospère quand les deux autres font défaut. Trois volets principaux ont été identifiés: collectivités et communautés, développement social, et justice, chaque volet impliquant la participation des acteurs clefs afin de diminuer la délinquance. La conférence a eu comme résultat un plan daction qui a encouragé le renforcement du Réseau International des Praticiens, léchange de démarches éprouvées, le soutien national et la tenue dune deuxième conférence internationale à Johannesburg en 1998.
Le réseau International Crime Prevention Action Network (ICPAN) qui en est sorti, fonctionne comme un forum pour la mise au point et léchange didées, de stratégies, de ressources et de formations au niveau communautaire. Les activités du réseau contribueront à une meilleure prise de conscience des facteurs qui poussent à la criminalité, de meilleures démarches pour la réduction de la violence, de la délinquance et de la persécution, et une plus grande disponibilité dinformations sur les moyens à mettre en uvre pour arriver à ce but.
Le développement dICPAN a mis laccent sur limportance des partenariats, mais a également démontré les moyens par lesquels ceux-ci doivent être développés et nourris. Leur portée doit être internationale, avec la participation dacteurs locaux et ceux provenant dautres régions. Les organisations de base doivent avoir une plate-forme pour se faire entendre et, par leur dévouement et leur coopération mutuelle, elles doivent propager leur engagement à la réduction de la délinquance et de la violence sur le plan mondial. (Un résumé de latelier ICPAN tenu au cours de la conférence est repris à lannexe D).

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